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Comment raconter une histoire en vidéo ?


« Si vous racontez une histoire irrésistible, les gens vous regarderont. » Christiane Amanpour (Correspondante séniore de CNN à l’étranger)

Introduction

Amanpour, une journaliste respectée, sait certainement de quoi elle parle. Elle qui est probablement la plus connue et reconnue des reporters. Qu’importe le lieu de crise, de conflits, presque à chaque fois, elle y était. Bosnie, Afghanistan, Irak, Israël, Iran. Plus que quiconque dans sa profession, elle sait tirer la quintessence d’une histoire, conduire des interviews clés sur l’instant pour reporter ces informations en direct de manière simple et percutante. Ses précieux commentaires sont énoncés de façon succincte.

Si vous racontez une histoire irrésistible, votre audience regardera votre film. Qu’importe que le média soit destiné à une audience large ou petite. Que ce soit un film, une émission télévisuelle, un documentaire, de la vidéo ou du web, les personnes regarderont.

Dans les écoles de cinéma, nous apprenons, comme vous, qu’une histoire est un récit. La façon de l’exprimer, à savoir les moyens et méthodes employés pour partager votre histoire, cela s’appelle la narration. L’histoire et la narration sont deux éléments qui ont une importance égale. Une histoire qui n’est pas rapportée reste dans l’ombre jusqu’à ce qu’elle soit découverte et partagée. Bien raconter une histoire peu convaincante sonnera toujours creux, qu’importe la présentation. Pourtant, si quelqu’un relate une histoire intéressante et captivante, la narration (visuelle ou auditive) est plus facile. Combinez les deux, le récit et la narration, dans un film, à la télévision ou en vidéo et il se pourrait que vous ayez accompli un réel exploit !

Le plus grand défi des réalisateurs, qu’importe le degré de maîtrise ou de talent, c’est de trouver cette histoire, et de rester concentré sur ses différentes composantes, les détails et nuances qui la composent. J’ai travaillé, il y a des années de cela, avec un producteur novice qui n’avait virtuellement aucune expérience dans la production d’émissions destinées à la télévision. Il avait pourtant découvert un sujet choquant : la tendance grandissante et alarmante des suicides d’enfants. Il s’entoura de quelqu’un de talentueux possédant un réseau de connexions important. Travaillant ensemble, l’effrayante histoire des suicides d’enfants fut produite comme une qu’enquête d’investigation par PBS. Le producteur, novice, malgré son manque d’expérience, remporta un Emmy sur son premier projet. Sa persistance à exposer un tel problème de société devrait être / et a été applaudi.

L’histoire transcende les aptitudes. Travaillez votre histoire, racontez-la correctement et vous transformerez, toucherez, inspirerez, éduquerez ou provoquerez votre audience. Il se peut que vos spectateurs pleurent, qu’ils rient, qu’ils soient illuminés ou en colère. En tout cas, ils devraient réagir. Si au contraire vous ne la travaillez pas, sachez que tous les stratagèmes de retouches, les angles de caméra et la réécriture répétée dans le monde ne vous sauveront pas.

Votre histoire est votre mission. Le reste n’est que détail.

William Goldman, scénariste récompensé par deux Oscars, résume de façon experte l’art de l’histoire dans son superbe livre sur l’industrie Hollywoodienne du film, Adventures in the Screen Trade : A Personal View of Hollywood and Screenwriting. Dès les premiers chapitres, Goldman demande « Quel est le sujet de votre histoire ? ». Ensuite, après avoir considéré la réponse initiale, le scénariste oscarisé suggère de se poser cette question vitale « Quelle est vraiment le sujet de votre histoire ? ». Cette seconde question est cruciale. Au-delà de la surface, au-delà des sujets évidents du sujet, se trouvent d’autres thèmes plus importants. Ce noyau d’impondérables devient souvent le cœur de l’histoire ou bien un sujet important, dont les composants s’imbriquent parfaitement dans le cadre de votre idée. Pour répondre à cette question, pour être dynamique, il faut chercher à s’imprégner le plus possible de tous les aspects d’un média visuel (qu’il s’agisse de filmer avec un petit budget, une superproduction, un film indépendant, un nouveau segment ou un documentaire).

Mais quel est le VRAI sujet de votre histoire ?

Une histoire prend toutes sortes de formes. Elle est unique. Vous pouvez raconter une histoire de héros, la vie de quelqu’un, un évènement sportif, les tensions à l’usine, la culture, la nature, la science, la vie sauvage, du journalisme d’investigation, une intrigue politique, un voyage au bout du monde… Des milliers de domaines peuvent encore être explorés.

Grattez à la surface de votre sujet et vous réaliserez qu’il y a vraisemblablement une signification encore beaucoup plus profonde. Trouvez la moelle. Concentrez-vous sur le centre de votre histoire, pensez à inclure les éléments périphériques, et vous vous tromperez rarement. Racontez correctement une histoire et votre audience vous suivra.

Pendant ce voyage, souvenez-vous de cet élément essentiel : les faits vont à la tête, mais les émotions se dirigent directement vers le cœur. Les gens se souviennent de ce qu’ils ont ressenti bien après que les faits se soient écoulés. Pour être clair, le sujet principal de ce livre concerne premièrement le processus narratif de ce qui n’est pas de la fiction (bien qu’il s’y trouve de nombreux conseils et tactiques utiles pour la fiction).

À dire vrai, j’ai peu d’expérience avec la narration de fiction, à part quelques vignettes dramatiques que j’ai dirigé, un peu de direction d’acteurs dramatiques et des ateliers d’improvisation. Mon expérience cinématographique se forme de formats télévisuels, de vidéos et de documentaires. Dans la fiction, il est presque toujours nécessaire d’avoir un script écrit (brut ou détaillé) avant que la production physique ne débute. C’est durant ce long et laborieux processus d’écriture de script que la narration est travaillée et affinée, bien avant que les caméras ne tournent. Un script est une référence, un plan, pour ceux qui sont devant (acteurs) et derrière la scène (producteurs, directeurs, designers, l’équipe technique). Pour être plus précis, dans une fiction, on peut dire que le réalisateur et les acteurs racontent une histoire à l’aide du chef de la décoration, le directeur de la photographie les costumiers, ainsi que les employés du département des effets spéciaux qui viennent avec leurs tours de magie.

En contraste, la narration non fictive peut être produite sans script (au moins temporairement). Les nouvelles, par exemple. Elles se basent fréquemment sur des évènements qui ont lieu en direct : un feu, un tremblement de terre, un discours,… et la liste est encore longue.

Une histoire est formée par les évènements en temps réel. Racontée par des témoins, présentateurs, reporteurs et les équipes. Le sport est un évènement en direct. L’action prend place durant le match. Le dénouement est souvent inconnu avant la fin. Le sport cherche les prises de vues, la production d’images auxquelles on adjoint des présentateurs et commentateurs. La plupart des genres qui composent la narration d’œuvres non fictives puisent leurs racines dans le mouvement documentaire.

L’œuvre non fictive naît d’une idée, d’un bout d’histoire. La narration se dévoile et se développe quand d’autres veulent s’engager et raconter leur version de l’histoire. Y a-t-il un script ? Oui, mais il n’arrive parfois qu’au milieu ou près de la fin de la production. Les interviews faites en cours de route modèlent les détails et dirigent l’histoire vers d’autres choses. Les producteurs, directeurs et écrivains choisissent les éléments qui leurs semblent les plus prometteurs et importants. D’autres plans deviennent disponibles, l’histoire change en fonction de la force et des détails de ces visuels. Le script change pour intégrer ces nouveaux éléments. Comme nous le verrons, une liste de plans est une très bonne façon de commencer une production, tandis que le script est travaillé et affiné. Vous seriez surpris devant le nombre d’équipes de productions dans cette ville ou dans le monde que j’ai vu tourner sans une telle liste, ou bien le nombre de documentaires basés sur un projet non abouti, des idées floues, juste sur un évènement ou un souhait.

Si vous ne connaissez pas bien le projet ou ne comprenez pas comment retransmettre un évènement pour la télévision ou autre support, vous aurez probablement des problèmes. La post-production, même la meilleure, ne suffira pas pour vous sauver, vous ou votre tournage. Improviser est rarement synonyme de réussite.

Saisissez les cornes de votre histoire

Une des premières choses que je fais avant de prendre le volant en direction de l’aéroport, c’est de découvrir le cœur de l’histoire que je vais tourner. Si je pars en tournage pour un client qui possède son histoire à lui, alors je lui demande : quels sont les éléments essentiels de votre histoire ? Décrivez-moi les éléments qui doivent être présents obligatoirement.

Souvent, les réponses fournissent une liste de quatre ou cinq éléments ; c’est un très bon début. Continuer l’histoire en faisant preuve d’entrain et en explorant le potentiel de chaque idée est le signe d’un bon réalisateur. Don Hewitt, un grand producteur de journaux télévisuels est récemment décédé à l’âge de 86 ans. Il était le légendaire producteur exécutif de l’influent magazine d’information télévisé 60 minutes. Au fond de lui, Hewitt croyait fermement que toute interview substantielle, journalisme d’investigation poussé ou sujet très fantasque, devrait pouvoir se résumer en quatre mots : « Raconte-moi une histoire » !

C’est tout.

Raconte-moi une histoire. Le reste n’est que détail ! Hewitt avait raison. C’est la raison pour laquelle 60 Minutes sur CBS USA reste une de mes émissions de télévision préférée. 45 ans plus tard, l’émission continue d’avoir du succès. À cause de leurs équipes de reporters, producteurs, rédacteurs qui savent comment raconter des histoires intéressantes de façon intéressante. Pas de tour de passe-passe, pas de fondu, pas de graphismes évolués et pas de nom fantaisiste. Seulement de bonnes histoires concernant des personnes fascinantes, des évènements ou les actualités.

La raison d’être de 60 Minutes consiste à raconter des histoires intéressantes. Des interviews, pièges d’escrocs. Des profils de gens courageux. Des interviews avec des figures médiatiques. Des voyages au bout du monde. Tous les ingrédients qui font un journalisme attractif, basé sur une histoire.

Bien raconter une bonne histoire est le pilier de toute œuvre de non-fiction.

Craig D. Forrest
Dr Craig D. Forrest est un réalisateur télé de documentaires qui a produit des sujets dans 104 pays et 6 continents. Il a écrit "Commando Tactics for Digital Filmmakers" et "The Influence of Alexander Mackendrick on the Kailyard Film Sub-Genre."
http://www.craigforrest.com